30. DU VAIR, Guillaume. Les oeuvres . Paris, Jacques Bessin, 1619 . In-folio de (6) ff., 880 pp., (8) ff., vélin ivoire à rabats (reliure de l'époque). 1 400 €
Une des plus belles éditions des oeuvres de Guillaume du Vair.
Héritier du pessimisme des stoïciens et familier de la philosophie montaigniste, Guillaume du Vair (1556-1621) demeure pour avoir réformé avec éclat l'art oratoire en France.
Chargé en 1596 par Henri IV - dont il avait favorisé l'avènement - de rétablir l'ordre en Provence, il donnera toute sa mesure tant dans sa probité que dans son art consommé de la déclamation. Ainsi polira-t-il ce style caractéristique, à la fois grave et sérieux, nourri de rhétorique latine classique : "Il fait penser à l'éloquence qui aurait été celle d'un Bossuet de l'âge baroque" (Franck Lestringant).
Séduisant exemplaire en beau vélin ivoire du temps.
31. ROSSET, François de. Le Romant des chevaliers de la gloire contenant plusieurs hautes et fameuses adventures des Princes, et des Chevaliers qui parurent aux Courses faites à la Place Royale pour la feste des Alliances de France et d'Espagne avec la description de leurs Entrées, Équipages, habits, Machines, devises, Armes et blasons de leurs Maisons. Paris, François Huby, 1613 . In-4 de (3) ff., 120 pp., 61-94, 76, 12 ff., vélin de l'époque. 1 500 €
Édition originale.
Exemplaire avec titre de remise en vente au nom de François Huby et daté 1613 au lieu de 1612.
Un récit des fêtes de la place Royale.
Ces brillantes et célèbres fêtes hippiques, données à l'occasion du double mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche et de sa sour Elisabeth avec l'Infant d'Espagne, furent célébrées sur la place Royale, future place des Vosges, que venait de créer Henri IV. La cérémonie se déroula les 5, 6 et 7 avril 1612 et donna lieu à des festivités somptueuses au cours desquelles s'illustreront des carrousels de cavaliers. Un feu de 4000 fusées sera tiré du haut des tours de la Bastille.
Un grand nombre de poèmes sont reproduits dans le recueil, en particulier y paraissent pour la première fois des stances de Malherbe récitées par des Sybilles.
Selon Jacques Vanuxem, des deux principales relations qui nous sont restées, il s'agit de la plus importante et de celle qui eut le plus de retentissement.
Très bel exemplaire en vélin de l'époque.
Brunet , Manuel de l'amateur, I, 1460. - Mennessier de la Lance, Bibliographie hippique , I, 216. - Jacques Vanuxem, Le Carrousel de 1612 , in : Les Fêtes de la Renaissance .
32. SAINT-AMANT. Les oeuvres du sieur Saint-Amant. Paris, de l'imprimerie de Robert Estienne, pour François Pomeray et Toussainct Quinet, 1629 . In-4 de (12) ff., 255 pp., vélin de l'époque. 4 500 €
Édition originale du premier recueil de vers de l'un de nos plus grands poètes.
Le "gros Saint-Amant", voyageur en Afrique et en Amérique, buveur, joueur et viveur, est un rimeur de premier ordre. Il est le chantre de tous les plaisirs : "Dans ses caprices bachiques, il est inimitable comme il est sans modèle" (Viollet-le-Duc).
On trouve dans ce recueil nombre de pièces concernant les plaisirs du boire et du manger : " Bacchus Conquérant, La Débauche, Les Cabarets, Le Fromage, La Naissance de Pantagruel, Chanson à Boire."
La belle préface, empreinte d'une chaude amitié, est de Faret, célèbre buveur et compagnon de Saint-Amant, de Pinchesne, de Muret., et dédicataire du long poème " Les Cabarets". Autre aspect de la personnalité de l'écrivain, le poème " Solitude" inaugure ce que les Romantiques nommeront une "méditation poétique".
Toujours soucieux de la liberté de la forme, Saint-Amant est exemplaire au sein de la poésie baroque qui fut avant toute chose un grand mouvement d'invention et de rénovation.
Un des livres les plus rares de la poésie baroque.
Mis a part le magnifique exemplaire de la vente Lignerolles et celui des bibliothèques Guy Pellion et Jules Lemaitre, on ne voit figurer cette précieuse édition dans aucune des grandes réunions où elle devrait être (De Backer, Bertin, Pelay, Nodier. et surtout Viollet-le-Duc).
Bel exemplaire en vélin du temps, très grand de marges : 236 mm.
Petites taches brunes à quelques endroits (sans gravité).
Tchemerzine , Éditions originales et rares xv e- xviii e siècles, V, 581.
Éloge de L'âne
33. HEINSIUS, Daniel. Laus asini tertia parte auctior : cum alijs festivis opusculis, quorum seriem pagella sequens indicat. Leyde, Bonaventure et Abraham Elzevier, 1629 . In-24, maroquin rouge, filets et roulettes dorés en encadrement, dos à petits nerfs entièrement orné d'un décor de feuillage à mille points, coupes et bordures décorées, gardes de soie bleue, tranches dorées (rel. p. Bozerian Jeune). 600 €
Seconde édition elzévirienne, ornée d'un ravissant titre-frontispice gravé en taille-douce, non signé.
Remarquable recueil d'éloges burlesques, très satiriques, du philologue néerlandais Daniel Heinsius (1580-1655), dont l'édition originale fut imprimée par les mêmes typographes en 1623.
Très bel exemplaire parfaitement relié par Bozerian.
Willems, Les Elzevier , n° 315.
34. NIEREMBERG, Juan Eusebio (S.J.). Curiosa, y oculta filosofia . Primera, y Secunda Parte de las Maravillas de la Naturaleza, examinadas en varias questiones naturales. Alcala, Maria Fernandez, 1649. In-4 de (4) ff., 419, (17) pp., vélin ivoire (reliure de l'époque) .
2 500 €
Rare édition, en partie originale, de cet étonnant traité des sciences naturelles du Siècle d'or.
Il s'agit de la 3e édition augmentée par l'auteur lui-même, le jésuite Juan-Eusebio Nieremberg (1595-1658). D'origine allemande, ce théologien et savant espagnol, entré précocement dans la Compagnie de Jésus, enseigna l'histoire naturelle et l'Écriture sainte.
Nieremberg traite ici des merveilles de la nature, de la réalité des monstres fabuleux, de la pierre philosophale, de la substance du ciel, des étoiles, des comètes, des volcans, de la sympathie et antipathie des objets, du mystère de la pierre aimantée, etc.
Cet ouvrage au carrefour de la métaphysique, de la science et du merveilleux, constitue un curieux témoignage de la pensée à la Renaissance. Il influença par la suite les recherches du Père Kircher.
Exemplaire en vélin de l'époque.
De la bibliothèque de Paul de Berthou , avec une mention manuscrite d'acquisition : "Palma de Mallorca 12 mars 1895". Présence d'une marque d'appartenance manuscrite ancienne raturée sur le titre.
Légères mouillures marginales aux pages 54-64, 164-168 et 383-388. Manque de vélin en tête du dos.
Caillet, Manuel bibliographique des sciences psychiques ou occultes , 8004. - Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Jésus , V, 1730-1731
35. VALCKENIER, Johanne. Idololatriæ Pontificiæ Historico-Theologicum Examen.
Suivi de : Speculum papismi. Franecker, Idzardus Alberti, 1656 . In-8 (182 x 140 mm) de (10) ff., 588 pp., (16) ff., maroquin rouge, triple filet doré en encadrement sur les plats, armes au centre, dos à nerfs orné de caissons dorés avec chiffres couronnés au centre, coupes et bordures décorées, tranches dorées (reliure de l'époque) . 7 000 €
Éditions originales de ces deux pamphlets hétérodoxes dirigés contre le Pape.
Magnifique exemplaire aux armes et au chiffre de Jean-Baptiste Colbert.
La bibliothèque de Jean-Baptiste Colbert fut l'une des plus belles et des plus fameuses du xvii e siècle. Forte d'environ vingt-deux mille volumes, elle fut dispersée aux enchères à partir du 24 mai 1728 en 111 vacations qui se terminèrent le 21 octobre.
Conseillé par Gabriel Naudé au début de sa collection, Colbert n'acquit que des exemplaires de qualité qu'il faisait établir le plus souvent en maroquin. Son relieur habituel était Eloy Le Vasseur, qui travaillait pour la bibliothèque du Roi. Le décor était simple avec ses armes frappées sur les plats et son chiffre répété au dos. Celui du présent exemplaire fut gravé par Simon Thomassin et employé à partir de 1672 jusqu'à la mort de Colbert.
En haut du titre, de la plume d'Étienne Baluze, on trouve l'inscription Bibliothecæ Colbertinæ.
Appelé à travailler à la bibliothèque de Colbert à partir de 1667, Baluze s'efforcera d'en combler les lacunes et de lui donner un aspect encyclopédique. Il se dépensa sans compter pour chercher et rassembler livres, manuscrits et documents de toute sorte.
Comme le fait remarquer Denise Bloch, " c'est bien, en effet, à la rencontre d'un ministre bibliophile, jouissant de pouvoirs exceptionnels, et d'un savant, travailleur acharné, entièrement dévoué à son office, qu'est dû le prodigieux essor de l'établissement."
Olivier, Hermal et Roton, Manuel de l'amateur de reliures armoriées françaises , pl. 1296, fers 4 et 9. - Denise Bloch, "La Bibliothèque de Colbert", in : Histoire des bibliothèques françaises , II, 158-175.
36. LUCAIN. La Pharsale de Lucain, ou les Guerres Civiles de César et de Pompée. En vers françois. Paris, Antoine de Sommaville, 1657 . In-12 de (12) ff., 390 pp., (1) f., maroquin rouge, plats ornés d'un décor à la Duseuil, dos à nerfs orné de caissons de palettes et de fleurons dorés, coupes et bordures décorées, tranches dorées (reliure de l'époque) . 2 500 €
Première édition illustrée de la traduction par Georges de Brébeuf de La Pharsale .
L'ouvrage est précédé d'une épître dédicatoire à l'archevêque de Rouen, François III de Harlay, ainsi que des cinq avertissements du traducteur.
L'illustration comprend un portrait en médaillon de Lucain soutenu par deux aigles, un frontispice et 10 tailles-douces à pleine page gravées par François Chauveau .
Ce poème épique de Lucain (39-65), neveu de Sénèque, est divisé en dix livres. Les huit premiers ont pour argument la guerre entre César et Pompée, les deux derniers relatent les expéditions d'Afrique et d'Égypte.
La traduction du poète Georges de Brébeuf (1618-1661), ami de Ménage, Chapelain et Corneille, parut d'abord entre 1653 et 1655, en cinq parties in-4 ; elle est considérée comme son oeuvre majeure et l'une des meilleures traductions anciennes.
Très bel exemplaire en maroquin de l'époque ; il est cité par Brunet ( Supplément , 900).
Provenance :
Jean-Charles Brunet (cat. 1868, I, nº 230)
Acquis à cette vente par le comte Roger Portalis
Cherrier avec ex-libris
Maurice Péreire avec note d'acquisition au crayon du 2 novembre 1920
Prochian avec ex-libris
Roger Paultre (avec ex-libris (cat. 1993, nº 178).
37. [ARNAULD, Antoine]. Historia et Concordia evangelica. Paris, Charles Savreux, 1653 . In-12 de (30) ff., 445 pp., (49) ff., maroquin rouge, plats ornés d'un décor doré à la Duseuil, armes au centre, dos à nerfs orné de caissons de fleurons dorés, titre doré, coupes et bordures décorées, tranches dorées (reliure de l'époque) . 2 600 €
Édition originale.
Elle est ornée d'une taille-douce en frontispice, gravée par Robert Nanteuil d'après Eustache Le Sueur. Cette composition représente les quatre Évangelistes rédigeant sous l'inspiration du paraclet.
Cet ouvrage contient également sur une planche double dépliante, une carte de la Judée due à Nicolas Sanson, géographe du Roi.
Adversaire déclaré des jésuites et défenseur de Jansenius, Antoine Arnauld ne rédigea pas seulement des textes polémiques mais publia aussi des traités théologiques. On nomme ainsi Concorde évangélique cet ouvrage dans lequel il fond en un seul récit les textes des quatres évangélistes, en s'efforçant de les concilier. Cette Historia et concordia evangelica présente donc la vie et les instructions du Christ et contient un index géographique, composé par Sanson, des lieux évoqués dans le Nouveau Testament.
Très bel exemplaire, entièrement réglé, en maroquin aux armes de la reine Anne d'Autriche.
On notera l'avis élogieux de Quentin Bauchard : "Anne d'Autriche [.] eut une bibliothèque remarquable et digne de la femme illustre qui, par sa politesse exquise a jeté les bases de cette galanterie française qui sert encore de modèle aux autres nations" (rien que ça !).
Marque d'appartenance sur le titre.
Ernest Quentin Bauchart, Les Femmes bibliophiles de France , I, 189-218. - Olivier, Hermal et Roton, Manuel de l'amateur de reliures armoriées françaises , planche 2505, fer n° 1.
38. CARDANO, Girolamo. La Métoposcopie, comprise en treize livres, et huit cens figures de la face humaine ; à laquelle a esté adjousté, le Traicté des Marques naturelles du Corps , par Melampus, Antien Autheur Grec ; le tout traduit en François, par le Sieur C. M. de Lavrendière docteur en Médecine. Paris, Thomas Jolly, 1658 . Grand in-4 de (4) ff., VIII, 225, (2) pp., veau havane, dos à nerfs orné de caissons de fleurons dorés, tranches mouchetées (reliure de l'époque) . 6 000 €
Rare édition originale de ce traité physiognomonique donné par le médecin, mathématicien et philosophe italien Jérôme Cardan. L'ouvrage parut chez le même éditeur et la même année dans une version latine considérée comme postérieure.
Titre gravé avec marque de l'éditeur.
Les 800 bustes gravés sur bois qui illustrent ce traité sont répartis à raison de 4 par page. Sur le front de chacun d'entre eux sont inscrites diverses lignes. Un bref commentaire placé sous le visage en donne la signification, par exemple :
Il sera malin, luxurieux, & enfin sera pendu.
La femme aura deux maris, qui mourront devant elle sera paillarde ,
& aimera la compagnie des moines ; elle sera maligne, & dépravée. (L. II, fig. 37)
Plusieurs livres de ce traité soulignent les liens directs entre les lignes visibles sur la figure et certains corps célestes avec leurs conséquences sur le tempérament. L'auteur analyse enfin l'interprétation à donner aux "seings [envies ou nævi] ou marques naturelles du visage".
Jérôme Cardan (1501-1576), homme de la Renaissance au savoir universel, fonda en grande partie sa renommée sur ses talents de médecin et se passionna aussi pour l'astrologie et les arts divinatoires.
Issue de l'Antiquité, la Métoposcopie , désigne l'art de deviner les caractères ou l'avenir d'une personne par l'examen des traits du visage et particulièrement des rides du front.
Cette première édition parisienne s'inscrit à la suite du célèbre De Humana physiognomonia de della Porta (1586), dont la première traduction française venait tout juste de paraître (1655). L'ouvrage de Cardan annonce la conférence de Le Brun sur les Passions de l'âme (1668), illustrée par les gravures de Sébastien Le Clerc (1692). Cet engouement pour la physiognomonie se prolongera jusqu'à la fin du siècle suivant avec les travaux de Lavater.
Bel exemplaire dans sa reliure de l'époque.
Guaita, Bibliothèque occulte , 1227. - Caillet, Manuel bibliographique des Sciences psychiques ou occultes , I, 2019. - Dorbon, Bibliotheca esoterica , 622 ("Ce rarissime traité, qui ne se trouve pas dans la collection des Ouvres de Cardan, est d'ailleurs l'un des meilleurs que l'on ait sur la physiognomonie").
39. FRANÇOIS d'ASSISE, saint. Regula et testamentum Seraphici P. Francisci, cum Declarationibus ejusdem, aliisque instructionibus, ad institutionem Novitiorum quam maxime necessariis.
Suivi de : Giovanni da Fano, Brevis discursus super observentia paupertatis Fr. Minorum et Speculum vitæ religiosæ, per S. Bonaventuram. Anvers, Balthasar Moretus, ex officina Plantiniana, 1661 . In-36 (86 mm) de 540, (2) pp., (3) ff, maroquin rouge, plats et dos à nerfs richement ornés d'un décor doré "à la fanfare", double filet doré sur les coupes, dentelle intérieure, tranches dorées (Capé) . 3 500 €
Ravissante édition de la règle de saint François imprimée à Anvers par l'un des successeurs de Christophe Plantin.
Époux de la deuxième fille de Plantin, Jean Morentorf, connu sous le nom de Moretus (1543-1610), reprit l'imprimerie de son beau-père. Il fonda une dynastie, dont les plus éminents représentants sont Balthasar I (1574-1641) - ami de Rubens qui fournit plusieurs frontispices pour ses éditions - et son neveu Balthasar II (1615-1674).
Cet ouvrage est orné d'un titre gravé et de de huit planches qui représentent notamment la stigmatisation de saint François, sa mort, saint François au pied de la croix portant les Arma Christi , le Christ lui remettant sa règle, etc.
Fondés en 1209 par François d'Assise, l'ordre des frères mineurs reçut alors une première règle, puis une nouvelle en 1221. Celle-ci réécrite deux ans plus tard par saint François avec l'aide du cardinal Ugolino (futur Grégoire IX), fut confirmée par le pape Honorius III.
Exemplaire de toute beauté dans une reliure, d'une grande finesse d'exécution, de Charles-François Capé (1806-1867), inspirée des "fanfares" de la Renaissance.
L'invention et la réalisation du décor sont l'oeuvre du doreur
Marius Michel père . Il s'agit d'un bijou ciselé à petits fers qui manifeste une virtuosité et une justesse de main extraordinaires.