BABEUF, Gracchus. Lettre autographe signée.

L’Observatoire des prisons sous la Révolution

 

BABEUF, Gracchus. Lettre autographe signée adressée « au Citoyen Gosse, Accusateur public du tribunal criminel du département du Pas-de-Calais ».

 

Arras, 22 floréal l’an 3 [12 mai 1795].

 

Deux pages in-8 pliées avec adresse du destinataire au dos. Encre brune.

3 500 €

 

 

François Noël Babeuf, plus connu sous le nom de Gracchus Babeuf, est né en 1760. Il est à l’origine d’une doctrine, le babouvisme, qui est souvent considérée comme une forme de communisme primitif. Gracchus Babeuf exprimait déjà le souhait d’une société égalitaire en 1789 dans son Cadastre perpétuel. Administrateur de district dans la Somme, Babeuf en arriva à des idées « communistes » à travers des projets de réforme agraire. Il devait exposer ses opinions dans deux journaux: Le Journal de la liberté (1794) et Le Tribun du peuple (1794-1796). À la suite de l’échec de la Conjuration des Égaux, il est guillotiné à Vendôme le 27 mai 1797″ (BnF, Gracchus Babeuf (1760-1797). 250e anniversaire de sa naissance, mars 2010).

 

Surveiller et punir en 1795.

C’est lors de sa première incarcération à Arras que Babeuf fit la connaissance de Taffoureau. Il fut libéré par la loi d’amnistie de l’an 4 mais pas son compagnon de cellule. C’est pour améliorer les conditions de détention de ce dernier que Babeuf intercède auprès de l’accusateur public du Pas-de-Calais :

 

Je suis fâché qu’avant de partir vous n’ayez pu donner des ordres pour faire cesser l’horrible traitement qu’on a continué de faire subir au C. Taffoureau. […] Il est plus que tems de faire cesser des actes dont il n’est pas possible que vous ne soyez révolté, quand vous lirez la description qu’en fait Taffoureau lui-même dans une lettre dont je vous donne encore l’extrait à la suite de celle-ci.

 

Figures-toi que je suis enfermé dans un cachot large de six pieds. Mon lit contient toute la largeur. […] Pour surcroit de malheur, les latrines ne sont situées qu’à deux pas en face de mon cachot. Au dos des latrines, est une grande lucarne en forme de créneaux par laquelle s’engouffre le vent du Nord avec impétuosité, et chasse contre la porte toutes les vapeurs pestilentielles qui s’exhalent des dites latrines : ce qui introduit dans mon réduit caverneux un air méphitique et putride qui ne tend qu’à m’empoisonner. […] Lorsqu’on m’avait permis d’aller et venir dans la prison, je ne souffrais que la moitié du mal. Si la nuit je respirais un air infect, au moins je pouvais le déjouer en m’éloignant le jour, et en prenant le grand air à travers les fenêtres de notre corridor. Mais à présent je suis continuellement dans la même place, où il faut que je reste toujours immobile, attendu que le local est trop étroit pour pouvoir y faire facilement deux pas de suite sans arriver au mur.

 

Les lettres de Gracchus Babeuf sont fort rares.