Cest la genealogie des Treschretiens Roys de france

Le roi est empereur en son royaume… et aimerait aussi l’être ailleurs

 

Cest la genealogie des Treschretiens Roys de france, Qui y ont regne depuys que les francoys vindrent habiter sur la Riviere de Seine. Jusques au roy Francoys premier de ce nom […].

 

Rouleau in-plano (276,8 x 63 cm), boîte de maroquin havane moderne.

 

Paris, Pierre Vidoue pour Galliot du Pré, 1520                                            75 000 €

 

 

Un des deux seuls exemplaires connus de cette généalogie enluminée de François Ier.

 

Elle est imprimée, en caractères gothiques (rotunda) sur 7 feuillets entièrement réglés – 34 x 63 cm chacun – en peau de vélin raboutés, et couronné d’un feuillet enluminé, de 20 cm de haut, orné d’une voussure à godrons dorés cantonnée de deux anges sur fond de ciel étoilé. 

Ce rouleau se développe en trois espaces parallèles. Au centre, le plus important en largeur, la chronologie des rois de France, à gauche celle des papes à droite, à droite celle des empereurs. 

 

De Pharamond à François Ier.

Au centre, sous deux anges présentant l’écu aux trois fleurs de lys, flanqué de part et d’autre par six blasons de provinces et de villes du royaume, deux colonnes de pavés de texte – orné de lettrines enluminées – encadrent l’arbre généalogique des souverains depuis Pharamond – «  aucteur de la loy salique par laquelle est ordonne Que la couronne de France […] ne peult tumber  en Quenouille  » -, jusqu’à François Ier. 

Le nom de chaque roi est inscrit dans un médaillon circulaire (2,5 cm de diam.) avec une lettre d’appel vers les informations biographiques latérales  ; un trait simple lie un tondo à l’autre, un double trait en or bordé de rouge marque le tronc principal de la succession des règnes. 

La généalogie royale est ornée de quatorze blasons et de huit portraits en médaillons (3 à 5 cm de diam.) gravés sur bois enluminés à la gouache avec rehauts d’or. Ces derniers représentent successivement Pharamond, Clovis recevant le baptême, Dagobert tenant l’abbatiale de Saint-Denis, Charlemagne, Hugues Capet tenant la main de justice et le sceptre, Philippe Auguste – «  il conquist plusieurs pays et contrees et mesmement lempereur Otho/chassa les juifz de France puis les rappela/il fist clore le boys de Vincennes de murailles, fist paver les rues de Paris, clore le cimetiere des Innocens […]  » -, Sainct Loys – «  Il fist plusieurs voyages et déconfitures contre les turcs […] Il fist apporter de Constantinople a grans fraitz la saincte croix lesponge et fer de la lance de nostre seigneur lesquels donna a la saincte chapelle du palays  » – et enfin François Ier en manteau de sacre, sous un dais, entouré de sa cour – «  Le roy desirant recouvrer la duche de milan que luy occupoit le More [Maximilien Sforza fils de Ludovic le More] allie des Suisses et de l’empereur maximilian se delibera y envoier grosse armee ce que fist et luy mesme en personne. Tellement que a l’aide de Dieu et des bons capitaines françois vainquist & subjuga les souisses au lieu dit saincte brigide pres milan [Marignan], […]  ».

La seconde partie de la généalogie, correspondant à la dynastie régnante des Valois, est logiquement beaucoup plus développée et précise, tant dans ses ramifications que dans ses biographies confinant à de véritables chroniques des règnes. 

 

Papes et empereurs.

À gauche de la généalogie royale, prend place celle des souverains pontifes surmontée des armes du Saint siège et d’un tondo représentant le Christ remettant les clefs à saint Pierre  : une succession de chaînes de médaillons aux noms des papes bordée de deux colonnes de biographies. La théorie des papes, de Pierre à Léon X, excédant la longueur des sept feuilles réunies, leur chronologie se prolonge à angle droit sous celle des rois de France, juste au-dessus du privilège.

Selon une composition identique, s’inscrit à droite de la succession des rois de France,  la chronologie des empereurs depuis César (  !) sommée de l’aigle bicéphale et du portrait d’un conquérant des Gaules barbu tenant le globus cruciger et l’épée, dans un médaillon. Aux dynasties impériales romaines, succèdent sans solution de continuité des souverains byzantins, carolingiens, puis les titulaires du Saint empire germanique annoncés en haut de liste jusqu’à Maximilien de Habsbourg (mort en 1519) mais au terme desquels figure en fait Charles Quint «  par les electeurs esleu roi des rommains  ». 

La lignée impériale se termine au milieu du quatrième feuillet, libérant dès lors une place dont profitent avantageusement les biographies des souverains Valois.

 

Prétentions royales à l’empire.

Cette expansion typographique débordante peut être considérée comme emblématique du document dans son ensemble. C’est la Genealogie des treschrestiens Roys de france – notons ce titre sur le mode démonstratif – est à replacer dans le contexte contemporain de rivalité entre François Ier et Charles de Habsbourg pour la succession au trône impérial, ouverte par la mort soudaine de l’empereur Maximilien (janv. 1519). Si son petit-fils, le roi d’Espagne, hérite des territoires patrimoniaux des Habsbourg, l’accession à l’empire est élective. Concurrent le plus sérieux de Charles, le roi de France déploie un intense activisme diplomatique auprès des sept Électeurs et des puissances européennes. Avec le concours des marchands flamands, ses envoyés proposent 400.000 écus pour s’assurer les suffrages des votants. Mais l’héritier des Habsbourg, grâce à l’appui du puissant banquier d’Augsburg Jacob Fugger qui avance 543.585 florins rhénans sur les 851.000 promis aux Électeurs – après résultat  ! – est finalement élu le 28 juin 1519 par 5 voix contre deux  ; il prend alors le nom de Charles Quint. 

Dans sa propagande, le souverain Valois n’a eu de cesse de légitimer ses prétentions en revendiquant l’héritage impérial de Charlemagne. C’est ce dont témoigne notamment ici la représentation de celui-ci – désigné comme «  Roys et empereur  » – en manteau fleurdelisé et couvert d’une chape frappée de l’aigle impériale, avec à la droite de son portrait les armes de France et de l’empire réunies sous une seule couronne.

Si l’achevé d’imprimé de Pierre Vidoue, inscrit au bas de cette Généalogie, est à la date du 27 octobre 1520, son privilège royal avait été accordé à Galliot du Pré le 21 mars 1518, alors que les futurs candidats à l’élection impériale fourbissaient déjà leurs armes. 

Belle marque typographique de Galliot du Pré, enluminé, au bas du document.

De la fameuse collection de Sir Thomas Phillipps (1792-1872). Il porte sa cote manuscrite à l’encre brune au verso du premier feuillet « Phillipps MS 36573 ». Il avait probablement été acquis à la vente Libri.

 

 

 

[KING FRANCIS I OF FRANCE]. Cest la genealogie des treschretie(n)s roys de Fra(n)ce, qui y o(n)t regné depuys q(ue) les fra(n)coys vindrent habiter sur la rivière de Seine. Jusques au roy Fra(n)coys premier de ce nom, le quantiesme en leur ordre & de leur nom.

 

Paris : Pierre Vidoue for Galliot du Pré, 27 October 1520

 

Genealogical roll on vellum (276,8 x 63 cm approximately) consisting of 8 leaves printed recto only in gothic type, ruled throughout and COLOURED IN A CONTEMPORARY HAND. Text printed on 6 columns (2 main columns framed by 4 narrower ones). In the middle of each pair of columns, long lines of genealogical roundels, 10 of them with miniatures. 

 

 

The first illustrated genealogy of the French kings ever printed.

 Brunet and Van Praet mention another copy made of 7 leaves in the library of Charles Chardin (catalogue of 1823, n° 2468), which Brunet thought was of the first issue. However the imprint of the Chardin copy was dated « xx jour de mars I mil v. c. xx. Auant pafques [old style] », i. e. 20 March 1521 in new style. Therefore our copy is earlier than the Chardin copy, which disappeared in the fire of the Tuileries library in 1871. 

 

IT APPEARS THAT ONLY ONE OTHER COPY OF THE FIRST ISSUE IS KNOWN, IDENTICAL TO OURS AND HELD BY THE BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE FRANCE (VÉLINS-31).

 

The woodcuts include a large architectural shell framed by two cherubs and underneath the arms of France, 12 cities of the kingdom, Saint Peter and the Emperor. The text is illustrated with 10 medallions depicting French kings – including Saint Peter and Cesar-, 13 coats of arms and 7 initials, all of which illuminated in gold and colours by a contemporary hand. 

This genealogical roll was ordered by king Francis I in the first years of his realm, which saw an impressive succession of military victories, diplomatic successes, love conquests and splendid celebrations. However Francis I was not born king. From the Angoulême branch of the House of Valois, he succeeded his cousin and father-in-law Louis XII, who died without a male heir. Even though his accession to the throne was never challenged, it would always be useful for him to reaffirm his direct affiliation with the first kings of France and strengthen the legitimacy of his power. This vellum roll, which shows Francis’s prestigious genealogy through strong graphic and colour elements, constitutes an ideal instrument of royal propaganda. More specifically, the printing of this roll is linked to the rich diplomatic policy of the years 1519-1521, in particular the famous meeting at the Field of Cloth of Gold, as mentioned in the colophon.