HUGO, Victor. Œuvres oratoires.

HUGO, Victor. Œuvres oratoires.

 

2 volumes in-16 de (2)  ff., 346  pp. – 348  pp., demi-chagrin marine à coins, dos à nerfs ornés de filets à froid et fleurons dorés, chiffre A.C.H. en queue, têtes dorées (reliures de l’époque).

 

Bruxelles, J. B. Tarride, 1853                              6 500 €

 

 

Édition originale collective des discours de Victor Hugo.

 

Seuls 14 avaient déjà été réunis dans le recueil opportunément intitulé Quatorze Discours (1851). Les présentes Œuvres oratoires de 1853 en contiennent 51 (en comptant les Notes communiquées par Hugo aux assemblées où il siégea). Ceux ayant fait l’objet d’une vraie publication, même séparée, représentent au plus la moitié de cet ensemble. Les autres sont inédits.

 

On s’accorde à attribuer tout ou partie de la Note de l’éditeur (en elle-même jugée assez significative pour être reproduite par Talvart et Place) à Hugo en personne, ce qui ne constitue peut-être pas de sa part une preuve de grande modestie, mais donne d’autant plus de poids à cette remarque qui attirera plus particulièrement l’attention du bibliophile: “les bibliothèques pourront désormais posséder Victor Hugo COMPLET” [les majuscules sont de l’auteur] .

 

Cette plus-value n’en comporte pas moins également un aspect qualitatif, en ce que nombre de ces discours, au lieu d’être simplement écrits, sont des transcriptions prises sur le vif, permettant d’apprécier des facettes du talent de Victor Hugo qu’on n’observe nulle part ailleurs: capacité d’improvisation, sens de la répartie et, d’une façon générale, surprenante adaptabilité de son lyrisme aux hasards des interactions, aux nécessités du dialogue.

 

La matière de ces deux volumes servira à constituer le tome de Actes et paroles. Avant l’exil, paru chez Michel Lévy en 1871. L’avant-propos ne s’y trouvera pas repris (ni dans aucun recueil postérieur) mais s’y retrouveront à l’identique les notes accompagnant le texte, elles aussi attribuables à Hugo.

 

“La Proscription a couronné ces grandes luttes”… De fait on suit l’évolution des idées de Hugo dans les années 1840-1850 jusqu’au clash inévitable avec Napoléon III, et aussi sa carrière politique, l’ouvrage étant ordonné en fonction de ses auditoires successifs: de l’Académie française à la Chambre des Pairs, de l’Assemblée constituante de 1848 à l’Assemblée législative et au Congrès de la Paix.

 

Précieux envoi autographe de l’écrivain exilé à son fils Charles Hugo, par ailleurs l’un des “personnages” du livre:

À mon bien aimé Charles,

V.

 

Charles Hugo (1826-1871) était le deuxième enfant de Victor Hugo et Adèle Fouché, né deux ans après la chère Léopoldine. Il avait été le secrétaire de Lamartine avant de briller comme journaliste, au prix, on va le voir, de bien des avanies du fait de ses prises de position politiques sans concessions.

 

Enterré au Père-Lachaise après sa mort (de causes naturelles) pendant la Commune, son cortège funèbre, mené par son père, est partout salué par les insurgés avec le plus grand respect.

 

Signé de son initiale, cet envoi de Victor Hugo à son fils, tout en tendre sobriété prend toute sa signification quand on sait que l’un des textes essentiels du recueil (tome  2, p.  169) n’est autre que la plaidoirie prononcée par le père en défense du fils, en 1851, poursuivi pour un article contre la peine capitale: Pour Charles Hugo. La peine de mort. – Cour d’Assises de la Seine (11 juin 1851).

 

Malgré l’éloquence paternelle, ou à cause d’elle, Charles Hugo sera condamné à six mois d’emprisonnement. Le discours où le poète dit de lui “qu’en même temps qu’il est mon fils selon le sang, il est mon fils selon l’esprit” n’était pas, au moment de la publication du recueil, inédit – le procès était aussi celui du journal l’Événement, incriminé avec le fils et qui avait déjà assuré la publicité de certaines des interventions publiques du père… En revanche, et cela fait toute la différence, les Œuvres oratoires paraissent alors que Charles est enfin sorti de prison le 28 janvier 1852 et a rejoint Victor exilé depuis décembre 1851 à Bruxelles (lieu de l’édition) d’où ils partiront pour Jersey.

 

Ces retrouvailles scellent le pacte de fraternité d’armes entre un père et son fils (“frères” car désormais égaux dans la lutte, d’où, ici, l’initiale V.) que proclame le grand poète en guise de conclusion à sa plaidoirie (p.  186):

“Mon fils, tu reçois aujourd’hui un grand honneur, tu as été jugé digne de combattre, de souffrir peut-être, pour la sainte cause de la vérité. À dater d’aujourd’hui, tu entres dans la véritable vie virile de notre temps, c’est-à-dire dans la lutte pour le juste et pour le vrai. Sois fier, toi qui n’es qu’un simple soldat de l’idée humaine et démocratique, tu es assis sur ce banc où s’est assis Béranger, où s’est assis Lamennais!”

 

Bel exemplaire, bien relié à l’époque.

 

De la bibliothèque de Charles Hugo avec son chiffre doré au bas des dos (A.C.H., c’est-à-dire Alice (son épouse) et Charles Hugo).

 

Talvart et Place, Bibliographie des auteurs modernes de langue française, p. 96.