AUGUSTINUS, Pseudo.
De Vita
christiana.
Mayence, Johann Fust et Peter Schoeffer, 1465-1466
In-4° (197
x 137 mm), 17 sur 18 ff. non chiffrés (dernier blanc manque),
non signé, caractères gothiques (G 91), 28 lignes, marque d'imprimeur
imprimée en rouge, traces de rubrication, maroquin brun à deux
encadrements de filets dorés, fleurons aux angles, dos plat, titre
doré en long, tranches dorées
(R. de Coverly).
Prix sur demande
Seul exemplaire en main privée de cette édition princeps imprimée dans la première
officine typographique active au monde.
En 1455, aussitôt après avoir mené
à bien l'impression de la Bible à 42 lignes, Gutenberg se disputa
avec son associé Johann Fust, riche orfèvre de Mayence qui lui
avait prêté beaucoup d'argent. Un procès s'ensuivit au cours duquel
comparut un certain Peter Schoeffer, calligraphe qui avait poursuivi
des études universitaires à Paris. Après la rupture entre Gutenberg
et Fust, le premier semble avoir poursuivi avec difficultés ses
recherches typographiques jusqu'à sa mort vers 1468, tandis que
le second, associé avec Schoeffer qui allait bientôt devenir son
gendre, continua l'activité du premier atelier d'imprimerie au
monde. Après une série d'éditions de grand format présentant d'extraordinaires
essais de typographie en couleurs (comme dans le fameux Psautier
de 1457), Fust et Schoeffer orientèrent bientôt leur production
vers des éditions de moindre ampleur mais de meilleur débit, comme
ce petit traité de spiritualité alors attribué à saint Augustin.
Après la mort de Fust en octobre 1466, vraisemblablement de la
peste lors d'un séjour pour affaires à Paris où il avait un dépôt
de livres, Peter Schoeffer fit prospérer pendant une trentaine
d'années l'officine qui devint l'une des plus florissantes de
Mayence.
La datation de cette édition, l'une
des premières sinon la première en format in-4° qu'aient publié
Fust et Schoeffer, a donné lieu à des interprétations variées
selon les bibliographes et les catalogues. Les spécialistes s'accordent
désormais sur une fourchette 1465-1466 d'après l'examen du papier
et l'état du caractère (cf. CIBN A-772).
Cet exemplaire présente la particularité de comporter, au bas du dernier feuillet,
la marque conjointe de Fust et Schoeffer imprimée en rouge,
la première marque typographique au monde qu'ils avaient utilisée
pour la première fois dans la Bible de 1462. C'est le seul exemplaire
conservé de nos jours, avec celui de la Huntington Library, à
présenter cet état.
Les deux premiers feuillets, montés
sur onglet, sont ce qu'on appelle des "cartons", feuillets qui
ont été substitués aux feuillets primitifs : par exemple, au v°
du 1er feuillet, à la ligne 17 le verbe "panda3" avait par erreur
été omis par le compositeur. Le correcteur s'en est aperçu en
cours de tirage et deux lignes ont été recomposées pour insérer
le mot manquant. Comme le papier coûtait cher, les imprimeurs
ne jetaient pas les feuilles défectueuses, ce qui explique que
certains exemplaires subsistants comportent l'erreur (cf. les
deux exemplaires de la BnF à Paris), et d'autres pour lesquels
le feuillet fautif a été coupé pour mettre à la place la bonne
version (comme dans celui-ci mais aussi ceux de la Pierpont Morgan
Library, de la Scheide Library et de la British Library).
On a longtemps cru que ce traité sur
la vie chrétienne, dont c'est ici l'édition princeps, avait été
écrit par saint Augustin. On l'a ensuite successivement attribué
au moine anglais Pélage et à son élève Fastidius qui répandirent
vers 410-420 une doctrine niant le péché originel et la grâce
divine, hérésie combattue par saint Augustin et saint Jérôme.
Ces attributions sont aujourd'hui réfutées (cf. G. Cannone, "Sull'attribuzione
del' De Vita christiana a Pelagio", dans Vetera Christianorum
9 (1972) pp. 219-231) mais il ne fait pas de doute que l'auteur
est un tenant du pélagianisme.
On peut ainsi considérer que
ce De Vita christiana est le premier ouvrage hérétique
imprimé.
Provenance :
W. Makellar (vente 7 nov. 1898 n° 382) ; H.L. Sexton (ex-libris ; vente 8 avril
1981 n° 91) ; George Abrams (ex-libris ; vente 16 nov.
1989 n° 19) ; vente (New-York, Sotheby's, 12 déc. 2001 n° 12).
Gesamkatalog der Wiegendrucke, n° 3037. - BMC, I, 20. - Goff, Incunabula in
the American Libraries, A-1354. CIBN A-772. - De Ricci, Catalogue
raisonné des premières impressions de Mayence, 1445-1467,
n° 88 (et non n°88 bis sous lequel De Ricci a rangé par erreur
le présent exemplaire).
Plus d'informations sur ce livre :
Mail : laurentcoulet©wanadoo.fr
Only remaining copy in private hands of this princeps
edition which was printed in the first typographic office in the
history of printing.
In 1455, just after having
finished the impression of the 42 lines Bible, Gutenberg got into
a heated dispute with his associate Johann Fust, a rich goldsmith
from Mayence who had lent him huge sums of money. A trial took
place where Peter Schoeffer, a calligraph who had studied in Paris,
was called to testify.
After the professional break-up
between Gutenberg and Fust, Gutenberg seems to have been pursuing
with difficulty his typographical researchs while Fust, associated
with Schoeffer who was soon going to be his son-in-law, continued
the activity of this famous office.
The exact date of this edition,
one of the first (maybe the first) in the size in-quarto published
by Fust and Schoeffer, was the subject of extended discussions
among specialists. Today there seems to be a wide agreement on
the time segment 1465-1466 (following-up a close examination of
the paper and the type being used : cf. CIBN A-772).
This copy presents the peculiarity
to include, at the bottom of the last leaf, the common printer's
mark of Fust and Schoeffer printed in red. The first ever typographical
mark - first used by them with the Bible of 1462.
This is the only remaining copy, with the one of
the Huntington Library, to present this condition.
For a long time it was widely
believed that this christian treatise, of which this is the princeps
edition, was written by Augustinus. Then it was attributed to
the english monk Pelage and his pupil Fastidius who spread around
410-420 a doctrine denying the existence of the original sin and
the divine grace, heresy fought by Augustinus and Jerôme. Today,
these attributions are being dismissed (cf. G. Cannone, "Sull'attribuzione
del' De Vita christina a Pelagio", in Vetera Christianorum
9 (1972) pp. 218-231) but it is quite clear that the author belongs
to this school (pelagism).
Thus one can assert that De Vita christiana is the first heretic book ever published.